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Leasing Citroën C4 : à 94 ans, 700 euros par mois jusqu’en 2027

Voiture électrique Citroën bleu métallisé exposée dans un showroom moderne avec éclairage intérieur.

Dans le sud de la France, une famille tente d’obtenir l’arrêt d’un contrat de leasing devenu un piège financier pour leur grand-père de 94 ans. Pour raisons médicales, le nonagénaire ne conduit plus et vit désormais en EHPAD - pourtant, la banque continue de prélever environ 700 euros chaque mois pour une Citroën C4 qui reste immobilisée sur un parking. Au-delà de ce cas, une question de fond se pose : dans quelle mesure les personnes très âgées sont-elles réellement protégées contre une surcharge financière liée à des contrats complexes ?

Le choc au milieu des dossiers : leasing plutôt qu’achat

L’affaire a éclaté au moment où les proches ont organisé l’entrée du vieil homme en maison de retraite. En triant des papiers - factures, contrats d’assurance, courriers administratifs - le petit-fils est tombé sur un classeur épais dédié à l’automobile. Dans la famille, on était persuadé que la voiture avait été réglée comptant quelques années plus tôt. Or, à l’intérieur, figurait un contrat de leasing détaillé.

Le document avait été signé alors que l’homme avait 92 ans. Il portait sur une Citroën C4 presque neuve, avec boîte automatique, moteur de 130 ch et un prix catalogue de plus de 34.000 euros. La durée prévue : plusieurs années, pour des mensualités proches de 700 euros, fixées jusqu’en 2027.

"Un homme de 92 ans signe un leasing sur de nombreuses années - deux ans plus tard, en maison de retraite, on comprend le poids réel que cela représente."

En plus des mensualités, le senior avait souscrit plusieurs assurances additionnelles - des garanties présentées comme protectrices. D’après la famille, une grande partie de ces couvertures s’avère, dans la pratique, à la fois chère et quasiment inutile au quotidien. Certaines ont pu être résiliées après coup, mais cela n’a pas réglé le problème central : les échéances de leasing.

Santé dégradée, plus de conduite - mais un contrat qui ne bouge pas

Depuis la signature, la situation personnelle du grand-père a radicalement changé. Aujourd’hui âgé de 94 ans, il se déplace en fauteuil roulant, réside en EHPAD et n’est plus en mesure de conduire. Des médecins attestent d’une aptitude à la conduite fortement diminuée ; les autorités ont suivi, et le permis ne joue plus de rôle.

La famille a d’abord espéré trouver une issue via les assurances souscrites, en pensant qu’au moins une clause s’appliquerait si le preneur de leasing ne pouvait durablement plus conduire, ou en cas de décès. Mais à la lecture des conditions, le constat est tombé : il n’existe ni couverture invalidité réellement opérante, ni protection décès effective liée au leasing.

Le petit-fils résume ainsi l’impasse : même si son grand-père venait à mourir, le contrat devrait en principe continuer jusqu’à son terme - sauf à verser une importante somme de clôture ou de rachat. Pour les proches, cette perspective est tout simplement intenable.

Discussions infructueuses avec la concession

À plusieurs reprises, le petit-fils a tenté de dialoguer avec la succursale Citroën ayant servi d’intermédiaire lors de la signature. Il a réuni des certificats médicaux établissant l’inaptitude à conduire, décrit la vie en établissement, et en a appelé au sens des responsabilités des vendeurs.

Selon son récit, ces démarches n’ont pratiquement pas abouti. Les interlocuteurs se sont retranchés derrière la signature et ont soutenu qu’ils ne pouvaient pas refuser un client sur la base de son âge. Ils auraient expliqué qu’on ne peut pas simplement dire : "Vous avez 92 ans, vous n’obtiendrez pas de leasing", sous peine d’être accusé de discrimination.

"Le message central de la succursale : le contrat s’applique - soit payer jusqu’en 2027, soit reprendre la voiture contre un montant résiduel élevé."

Les deux scénarios proposés par le point de vente apparaissent, pour la famille, comme deux versions d’un même piège : continuer à payer environ 700 euros par mois alors que la voiture n’est plus utilisée, ou racheter le véhicule pour plus de 20.000 euros - une somme dont ils auraient bien davantage besoin pour les frais de prise en charge et la vie courante.

Zone grise entre liberté contractuelle et protection contre l’abus

Ce dossier illustre un dilemme connu dans de nombreux pays. D’un côté, la liberté contractuelle : même à un âge très avancé, une personne peut, en principe, choisir de signer un crédit, un leasing ou une assurance. De l’autre, le risque est réel que des personnes au jugement fragilisé - début de démence, capacités d’appréciation amoindries, ou simple difficulté à maîtriser des documents complexes - se retrouvent dépassées.

Dans ce type de situation, les juristes évoquent souvent le risque d’"exploitation d’un état de faiblesse". Reste qu’appliquer cette notion au cas concret relève, au final, des tribunaux. Les exigences de preuve sont généralement élevées : il faut démontrer qu’au moment de la signature, l’intéressé n’était pas en mesure de comprendre la portée et les risques - et que l’autre partie le savait, ou aurait dû s’en rendre compte.

Problèmes fréquents des contrats à un âge très avancé

  • Des conditions contractuelles complexes que même des personnes plus jeunes peinent à analyser entièrement
  • Des assurances complémentaires coûteuses, mais peu utiles lorsqu’un sinistre survient
  • Des durées longues, allant bien au-delà de l’espérance de vie statistique
  • Des valeurs résiduelles ou paiements finaux élevés pouvant surprendre les proches
  • Une absence d’implication de la famille ou d’une personne de confiance

Ce que les proches peuvent retenir de cette situation

Même si l’histoire se déroule en France, la problématique concerne aussi fortement l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Leasing, achat à tempérament et modèles par abonnement sont omniprésents ; concessions automobiles, enseignes d’électronique et banques mettent volontiers en avant des mensualités qui paraissent abordables.

Lorsqu’on accompagne des parents âgés, il est possible d’agir en amont pour éviter des mauvaises surprises. Des règles familiales simples peuvent aider : à partir d’un certain âge, ou dès que la santé décline, il devient prudent qu’une seconde personne relise tout engagement important - contrat long, abonnement de durée, crédit.

Pistes utiles :

  • Vérifier régulièrement les relevés bancaires et les prélèvements, avec l’accord de la personne concernée.
  • Examiner les dossiers d’assurance et de leasing, surtout lors de nouvelles souscriptions.
  • Parler franchement avec le médecin traitant de l’aptitude à conduire et des risques sur la route.
  • Le cas échéant, anticiper une procuration (mandat) ou une mesure de protection avant que la situation ne devienne critique.

Démarches judiciaires : une issue de dernier recours, au résultat incertain

Dans ce dossier, la famille envisage désormais ouvertement une action en justice. Elle reproche au vendeur une forme d’exploitation et un manque de responsabilité : un homme de 92 ans, avec des problèmes de santé connus, aurait obtenu une berline puissante via un leasing longue durée, sans mécanismes de sécurisation tangibles.

Une procédure pourrait déterminer si le contrat peut être contesté pour incapacité, tromperie ou d’autres motifs. Mais ces actions sont souvent longues, coûteuses et éprouvantes, sans garantie de succès. Malgré tout, pour de nombreuses familles, c’est parfois la seule chance de sortir d’obligations perçues comme ruineuses.

Parallèlement, la question d’un renforcement du cadre par le législateur et les associations de consommateurs se pose. On pourrait imaginer des exigences plus strictes pour certains produits financiers au-delà d’un âge donné : durées plus courtes, devoirs de conseil renforcés, ou vérification obligatoire de la compréhension du contrat sans assistance.

Leasing à un âge avancé : option pratique ou bombe à retardement ?

Le leasing peut séduire des conducteurs plus jeunes : technologie récente, paiements prévisibles, pas de souci de revente. Mais avec l’âge, les priorités changent. L’état de santé peut se dégrader en quelques mois, la conduite devient plus risquée, et le besoin d’épargne pour la dépendance augmente.

Pour quelqu’un qui a encore besoin d’une voiture à 80, 85 ou 90 ans, certains critères méritent d’être évalués avec une grande rigueur :

  • Durée : la limiter au maximum pour conserver de la flexibilité.
  • Montant des mensualités : le fixer à un niveau supportable, y compris si les coûts de prise en charge augmentent.
  • Assurances : vérifier précisément quelles options supplémentaires sont réellement pertinentes.
  • Conditions de sortie : contrôler les clauses liées à la maladie, au retrait du permis ou au décès.
  • Implication de la famille : venir avec une personne de confiance au rendez-vous de conseil.

Dans le cas de cet homme de 94 ans, deux compteurs tournent en même temps : d’un côté, le contrat de leasing qui continue de prélever de l’argent mois après mois ; de l’autre, la recherche d’une solution jugée équitable - par de nouvelles discussions avec la succursale ou, à défaut, devant un tribunal. Pour beaucoup, le choc est évident : la réalité humaine de l’EHPAD et la logique inflexible d’un contrat financier se heurtent de plein fouet.


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